Nicolas Daubanes

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Aucun batiment n’est innocent - Florian GaitĂ©

A PROPOS DE L’EXPOSITION "AUCUN BÂTIMENT N’EST INNOCENT", Art press numéro 456

Nicolas Daubanes, habitué des lieux carcéraux, transforme la chapelle en autel de commémoration pour la résistance et l’indiscipline.

Les deux installations principales semblent Ă  première vue reconstituer a minima un bâtiment dĂ©construit, dont le toit s’est Ă©crasĂ© et le revĂŞtement de sol appliquĂ© au mur. Par ce renversement architectural, l’artiste offre une traduction plastique Ă  l’idĂ©e de contestation des ordres, s’inspirant de la mutinerie des dĂ©tenus de la prison de Nancy en 1972. Au centre de l’espace, une charpente aux tuiles cassĂ©es renvoie Ă  cet Ă©pisode de l’histoire carcĂ©rale pendant lequel les prisonniers se sont hissĂ©s jusqu’au toit pour crier leurs revendications. Praticable, elle permet au public de goĂ»ter au sentiment de libertĂ© qui peut s’y exprimer, celui des dĂ©tenus qui Ă©chappent Ă  la logique d’enfermement du bâtiment. Il s’agit alors de mettre en scène la tension entre libertĂ© et sĂ©curitĂ©, de placer le spectateur en Ă©quilibre prĂ©caire, portĂ© par l’énergie du soulèvement et menacĂ© par le danger du lâcher-prise. Pour certaines Ă©clatĂ©es, les tuiles, fabriquĂ©es lors d’une rĂ©sidence Ă  la briqueterie de Nagen, ont Ă©galement la particularitĂ© d’être dysfonctionnelles, ramenĂ©es Ă  l’état de motifs gĂ©omĂ©triques (des carrĂ©s de terre cuite), alignĂ©s au sein d’une composition graphique. Daubanes dĂ©couvre ici une dimension plus formelle de son travail, qui se traduit de manière plus franche encore dans l’œuvre murale disposĂ©e en regard. Cet ensemble de plus de cent cinquante sĂ©rigraphies, reproduisant un carrelage rouge et blanc, Ă  certains endroits fĂŞlĂ©, est la copie du revĂŞtement du sol de la prison de Montluc, lieu de dĂ©tention nazi associĂ© aux noms de Klaus Barbie ou de Jean Moulin. En adoptant le dessin d’un calepinage, Daubanes met sur un mĂŞme plan le « second Ĺ“uvre » et l’œuvre plastique, et plaide pour un art rĂ©solument ouvrier. Son insignifiance apparente, cet ornementalisme de surface qui permet de confondre l’œuvre avec le dĂ©cor originel de la chapelle, la rattache Ă  Support-Surface plus qu’à Carl Andre, d’autant que la mise Ă  la verticale en renforce l’effet d’exposition. L’œuvre murale conserve nĂ©anmoins toute sa dimension documentaire, sans doute de manière plus appuyĂ©e que dans ses pièces antĂ©rieures. Il s’agit ici de prĂ©senter une archive sensible, non discursive, de saisir une impression perceptive, une mĂ©moire des lieux, qui a pu constituer un des derniers souvenirs des prisonniers torturĂ©s.

Les dessins réalisés en limaille de fer enfin – des cellules, des barricades, un cimetière, des barrières – inscrivent définitivement la proposition dans une réflexion sur l’impossible neutralité des lieux d’enfermement et la possibilité de renverser les logiques d’occupation. Sur la vitre de l’un d’eux, Daubanes a ainsi gravé les plantes rudérales qui y repoussent, renvoyant ces bâtiments en apparence désaffectés à un paysage de mélancolie, comme si les soulèvements de leurs habitants avaient eu finalement raison de leur innocence présumée.

© Nicolas Daubanes