Nicolas Daubanes

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Put me back on my bike - Serge Fauchier

A propos du projet : Put me back on my bike

« Le 13 juillet 1967, vers 16 heures, pressenti au matin de cette étape comme un vainqueur possible du Tour de France, le coureur cycliste britannique Tom Simpson zigzague dans la montée du Mont Ventoux. De sa bouche grande ouverte, il tente de happer l’air brûlant qui se refuse à ses poumons, ses yeux noyés se lève vers le sommet qui paraît s’éloigner davantage à chacune de ses pédalées, juste avant la chute.
Il tente de se relever afin de remonter sur son vélo, y parvient avec l’aide de quelques spectateurs, puis repart, poussé par l’un d’eux, mais son corps s’affaisse sur le cadre. Il traverse encore la chaussée avant de s’écrouler sur le bas-côté pour perdre connaissance. Tous les efforts pour le ranimer seront vains.
Deux heures plus tard, Tom Simpson meurt à l’Hôpital d’Avignon. Il avait 30 ans..
Simpson s’était-il dopé ? Avait-il voulu, au biais de quelque médication prohibée, oublier la douleur, le poids des choses, pour s’élancer vers le sommet décisif de la course où l’aurait attendu l’éphémère gloire des vainqueurs d’un jour ?
Brûler son corps pour le rendre plus léger, risquer sa vie pour gagner la gloire, tutoyer les anges ne serait-ce encore qu’une fois, la dernière, comme à chaque fois…
Demain aurait sûrement été un autre jour, mais les anges rencontrés ne furent pas ceux qui étaient attendus…

Nicolas Daubanes aime les courses de ces années-là, il aime aussi les coureurs de ce temps où l’innocence laissait encore de la place à l’imaginaire des mythes et épopées, mais il n’ignore rien de la douleur qui brûle et tétanise le corps, ni de l’apaisement trompeur qui, en toute quiétude, détruit encore plus sûrement qu’il ne soulage.
La médication qui apaise tout en lésant les périphéries de l’organe soigné.
Daubanes revient à la hauteur de Simpson, il tourne son visage vers lui, plonge son regard dans le sien comme pour y décortiquer sa douleur. De front, ils franchissent ensembles quelques longueurs, le temps de jauger, prendre une empreinte.
Il capture cette image du coureur anglais qui devient une part de l’histoire qu’il jalonne, celle qui s’accepte ou se refuse à chacune des étapes, mais n’inscrit pas moins sa marque.
Son Histoire qu’il n’aura de cesse d’écrire, de recomposer à l’aune de sa mémoire et des devenirs qu’il lui assigne. »

Serge Fauchier, artiste.

© Nicolas Daubanes