Nicolas Daubanes

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Préso de Mataró - Guillaume Robin

A propos du projet : Préso de Mataró

"A mi-chemin entre une figuration narrant le réel et l’abstraction d’une poésie amère, l’artiste plasticien Nicolas Daubanes nous présente « Préso de Mataró », une œuvre graphique simulée, véritablement calquée sur les murs de la prison de Matarò, un établissement pénitencier qui, sous le régime de Franco, aurait servi à emprisonner les résistants espagnols.

Peu d’œuvres sont légitimes pour nous parler d’un tel témoignage de la pensée mais celle qu’il convient d’analyser contient tous les ingrédients justifiant son apparition. Autant les murs des villes que nous longeons inlassablement s’étendent à perte de vue sans que nous y prêtions garde, autant ceux de Nicolas Daubanes nous oblige à détourner le regard pour affronter la vérité en face. Ces paysages hermétiques, presque spectraux laissent des traces, au sens figuré comme au sens propre, dans la mémoire collective. Des années après qu’Yves Klein ait composé en chef d’orchestre ses anthropométries féminines inspirées des figures de l’art rupestre, Daubanes réussit à réactiver le mythe par une approche sociétale plus contemporaine. Sur ces esquisses, c’est toute l’histoire de ceux qui ont payé le prix fort pour leur liberté que l’on arrive à déceler. Les fortifications de cette prison panoptique (en étoile) barcelonaise, structurellement conçue pour une surveillance de pointe ont interpellé le plasticien, désireux de créer une forte résonance avec l’actualité. Plus on s’approche de ses lignes brisées, plus on remarque les apocryphes gravés à sa surface, signe du temps infinitésimal. Toute l’intensité de ces œuvres réside dans les empreintes anonymes de ces esclaves de l’existence. On se souvient que Brassaï, à une époque plus lointaine, avait photographié des graffitis ancrés dans les murs de Paris dans l’optique de générer une commotion surréaliste, Daubanes, lui, préfère la cloison pure, garde-fou à la signification immédiate, perpétuant les cris ce passé qui gémit encore…

Aucun autre artiste n’aura autant réfléchi sur la claustration psychique liée à l’univers carcéral. Le plasticien aura mis sa liberté intellectuelle au service de ces condamnés : une commémoration esthétique digne de foi, traversant les temps immémoriaux."

Guillaume Robin.

© Nicolas Daubanes